Conférence Internationale organisée par le New Policy Forum (Forum GORBATCHEV) et la Région Languedoc Roussillon

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A/ L’Europe doit-elle relever le défi d’unir la Méditerranée ?

Elle le doit.

Pour des raisons culturelles, qui tiennent notamment à notre histoire, à la géographie. Je ne développe pas, mais peut-être que l’essentiel est là. Depuis des millénaires, nous sommes le fruit d’un brassage civilisationnel, fantastique, sans doute unique au monde.

Pour des raisons stratégiques aussi. C’est de rencontre de civilisations, de partage, de développement harmonieux, de liberté et d’émancipation humaine et non de dominations, de conflits ou d’intégrisme dont il doit être question aujourd’hui.

La population des 27 pays de l’UE plus celle des pays de la Méditerranée hors UE atteint les 800 millions d’habitants. Et sur ce total près de 500 millions sont autour de la Méditerranée. Ce potentiel au Sud de l’Europe est une chance.

Pour des raisons économiques aussi. 10 % des exportations communautaires sont à destination des pays méditerranéens et 7,5 % des importations de l’UE sont en provenance des pays méditerranéens, cela paraît peu, mais plus de la moitié du commerce extérieur des pays du Sud de la Méditerranée est destinée à l’UE, c’est le cas pour la Tunisie (64,9 % des importations et 73,3 % des exportations) ou le Maroc (51,9 % des importations et 72,4 % des exportations).

B/ L’Europe veut-elle relever le défi ?

Dès le mois de mars, puis en juin, la diplomatie de l’Europe, incarnée par le Haut représentant aux Affaires extérieures, Catherine ASHTON a pris position.

Dans sa communication a été fortement exprimée la nécessité d’une stratégie nouvelle. Le renversement des dictatures en Egypte, en Tunisie, en Libye, la répression en Syrie justifiaient que l’Europe, je cite, « examine avec un œil neuf les relations qu’elle entretient avec ses voisins ».

L’UE doit relever les défis historiques auxquels l’ensemble de la région méditerranéenne est confronté. Regard neuf, défis historiques, nouvelle approche pour conforter le mouvement démocratique, que dire de mieux.

De la conditionnalité était introduite :

« Aide accrue aux partenaires qui s’emploient à approfondir la démocratie en précisant même des dimensions universelles : droit de vote, pluralisme, Fonction publique compétente et intègre, liberté de pensée, de conscience et de religion, soutien à la réduction des inégalités sociales et régionales en créant des emplois pour leurs travailleurs et en améliorant le niveau de vie des populations. »

En même temps, on voit bien que dans tous les cas, pour renforcer l’aide et le partenariat avec ce regard neuf, nous sommes loin de la parole aux actes. Or les urgences sont là, le « Printemps arabe » ne doit pas échouer. Comme dans toutes les révolutions, l’impatience est légitime. Des premières marches ont été montées, mais le processus n’en est qu’à ses débuts. Tout attentisme dans le soutien, dans l’enclenchement  de partenariat, ne peut que profiter à ceux qui veulent autre chose que la justice sociale, la démocratie et la liberté de pensée, qu’aux contres révolutions et aux intégrismes.

J’en viens naturellement à la question. Est-ce que l’Europe peut relever le défi d’unir la Méditerranée ?

Le devoir, le vouloir, c’est bien mais si on ne le peut pas, cela ne sert à rien d’en parler.

C/ L’Europe peut-elle relever le défi ?

Ma réponse est oui. A condition qu’elle bouge dans ses relations que les tendances au repli sur soi, aux populismes de tous bords, ne prennent pas le pas sur la démarche de solidarité et de partenariat. A condition aussi, que la crise que l’Europe vit, ne conduise pas à une cure d’austérité préjudiciable, non seulement aux peuples européens, à la croissance, mais aussi aux partenariats et aux aides y compris humanitaires.

a)   Pour relever le défi :

Il est, je crois, indispensable de s’astreindre à modifier les comportements. Ne pas partir de l’idée qu’en dehors bien-sûr des valeurs universelles, notre modèle est exportable tel quel. En finir avec la suffisance du “Monsieur je sais tout” ou du “Faites comme nous”. Une démarche qui tranche avec les logiques mercantiles qui ont le plus souvent prévalues dans les rapports avec les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée. Je crois nécessaire de lever bien des « a priori » que les périodes coloniales ont imprimés. C’est de solidarité dont il devrait être question et non de rejet de l’autre. Quand je vois l’accueil honteux que l’Europe, dont la France, a réservé à ces malheureux réfugiés tunisiens au printemps dernier, je me dis qu’il y a du chemin à parcourir.

b) En avons-nous les moyens ?

Avec seulement 7,3 % de la population mondiale, l’Union européenne est la première puissance économique et commerciale mondiale. Elle occupe la première place dans les échanges mondiaux.

Unie et solidaire, elle a les moyens de dynamiser sa politique intra et extra communautaire. De plus, elle peut renforcer ses ressources propres. Je pense notamment à la taxation des transactions financières. Si elle était décidée dans la zone euro ou dans les pays qui disent la vouloir, seraient ainsi récupérés sans attendre des dizaines de milliards d’euros.

La crise financière appelle des réformes profondes. Des réformes qui fassent de la démocratie, de la valeur travail, de l’économie réelle et de la solidarité, le cœur des politiques européennes. Permettez-moi de faire référence à Octavio PAZ, ce mexicain prix Nobel de littérature : Je le cite : « Le marché est peut-être efficace, mais il n’a ni conscience, ni miséricorde. » Aujourd’hui, il est prouvé tel qu’il est, il n’est même pas efficace. Il faut donc en finir avec sa dictature !

Alors oui, l’Europe peut relever le défi. Pas tant celui d’unir la Méditerranée que celui de s’unir en Méditerranée. Ce qui signifie un soutien réel à un changement rapide en faveur du social, de l’emploi, de la jeunesse. Ne perdons pas de vue que c’est sur une base sociale que le mouvement transformateur s’est déclenché en Tunisie. Toutes tergiversations “en attendant que la situation soit stabilisée” ne pourraient que nourrir déception, désarroi. Grâce à l’appui de projets concrets et du respect de certaines valeurs – je pense en particulier aux droits des femmes qui permettront de vérifier les dimensions démocratiques et d’émancipation humaine parcourues. Nous pouvons tout de suite, avec les dispositifs existants pour les étudiants et le premier emploi, ouvrir les portes de nos universités et des activités. Vincent Peillon et quatre autres députés européens ont d’ailleurs proposé en avril dernier de mettre en place un « Erasmus » euro-méditerranéen destiné à favoriser la mobilité transnationale des étudiants des deux rives.

Les capacités d’interventions sont nombreuses – l’Assemblée régionale et locale euro-méditerranéenne (ARLEM), interlocuteur territorial de l’UpM, est là pour en attester – mais elles manquent de lisibilité et nécessitent une gouvernance adaptée et efficace. J’ouvre une parenthèse concernant l’UpM, dont tout le monde reconnais qu’elle est en panne. Elle devrait pouvoir trouver une nouvelle dimension grâce à la réalisation de projets précis, s’inscrivant dans la démarche du Haut représentant de la politique européenne extérieure.

Une gouvernance multi-niveaux, prenant en compte tous les acteurs en présence dont les Régions qui jouent un rôle fondamental par leur action de proximité. L’avenir, me semble-t-il appartient à une approche multi-niveaux qui articule mieux le croisement des idées et des actions des « experts » d’en haut avec ceux d’en bas. La citoyenneté !

La Méditerranée, comme l’Europe, pour être plus forte, devrait porter haut et fort ces valeurs de proximité et de solidarité en construisant un espace commun  répondant aux aspirations des peuples en s’appuyant réellement sur les territoires et les institutions comme la Région qui les représentent.

Jean-Claude GAYSSOT
Vice-Président

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