Mémorial de RIVESALTES. Interventions de Jean Paul Boré et de Jean Claude Gayssot

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M. BORE. – M. le PRESIDENT, j’ai absolument la même réaction que vous et je me contenterai de dire, pour gagner du temps, que je soutiens tout à fait ce que vous venez de dire. Lorsqu’il s’agit du travail de mémoire, je ne crois pas du tout qu’on puisse comparer les choses en termes de coût, sinon il faudrait demander combien a coûté le mémorial pour la Shoah, combien coûte l’entretien des camps de Buchenwald et autres pour lesquels les uns et les autres nous nous battons. Ils existent et je crois que si l’homme se posait la question du coût de son  travail de mémoire, il finirait par la perdre, car, au fond, c’est de cela dont il s’agit.

A ce sujet d’ailleurs, Jorge SEMPRUN qui nous a quittés il y a peu, plus que de parler de travail de mémoire, parlait de travail de connaissance. En effet, le travail de mémoire s’adresse aux vivants, aux témoins et nous, les générations suivantes, nous avons un devoir, c’est celui d’inscrire toute cette mémoire dans un travail de connaissance et cela grandit un pays lorsqu’il reconnaît.

Cela a été évoqué tout à l’heure à propos du génocide arménien. Qu’il y ait ce débat, au plan international, avec des représailles éventuelles pour ceux qui imposeraient cette reconnaissance, est parfaitement en dehors du siècle dans lequel nous vivons.

C’est pour cela que je me félicite, après que Georges FRÊCHE ait inauguré ce camp dans l’Aude, qu’on continue, sous votre présidence, ce travail inlassable pour que notre pays puisse avoir tous les monuments, et non pas les monuments statiques, qui permettent à nos enfants de savoir ce qui s’est passé.

Encore une fois, je pense que pour la mémoire et sa cohorte d’horreurs quelles qu’elles soient, et je suis loin personnellement de comparer la mort d’un enfant, la mort d’un homme par rapport à tel ou tel évènement. Il n’y a rien de pire. Quelles que soient les conditions dans lesquelles elle s’est déroulée, je ne fais pas de différence. Nous savons qu’il y a existé des décisions pour se débarrasser de peuples, le peuple juif, des décisions froidement  prises seulement parce qu’ils  étaient Juifs. Ce type de décision a existé dans d’autres conditions. Loin de comparer, je dis aussi qu’il faut faire attention à ne pas ouvrir des débats qui pourraient rapidement sombrer à la fois dans le politicien mais avec la volonté à peine voilée de laisser les plaies ouvertes. Je pense, au contraire, qu’un travail de connaissance avec une expertise historienne permet d’apaiser, permet qu’en tant que républicains, nous puissions passer, non pas à autre chose, mais à une société apaisée avec sa mémoire.

Il est vrai que dans la prochaine période nous allons avoir à faire à ces débats avec le 60ème anniversaire de la fin de la Guerre d’Algérie et je vois poindre un certain nombre de débats. Je m’honore aussi que vous ayez accepté de financer l’entretien des cimetières à Oran, en Algérie, parce qu’il fait aussi partie de notre responsabilité que les gens qui sont venus en France puissent continuer à honorer leurs morts dans de bonnes conditions.

Je m’honore aussi que la France, à un moment, même si elle n’a pas assumé la suite, ait fait en sorte que les enfants de Harkis soient prioritaires dans les emplois, notamment dans la fonction publique. Sauf que, même en ayant un passeport et en étant inscrits sur une liste d’emplois prioritaires, il n’y a aucune contrainte pour personne et il y a encore des centaines d’enfants de Harkis qui n’ont toujours pas d’emploi. Je me félicite de ce point de vue que la Région en ait embauché un certain nombre depuis 2004.

Je voulais dire cela parce que ce projet, qui est maintenant sur la rampe de lancement, honore notre Région de s’y être lancée.

M. le PRESIDENT. – Effectivement, il y a un travail de connaissance à faire. Nous allons les associer car donner un avis sans connaissance, sur des domaines aussi sensibles, c’est dramatique.

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M. GAYSSOT. – Jean-Paul BORE, en donnant cette dimension de devoir de connaissance, a porté haut et fort l’importance de réussir justement ce projet.

Savoir ce qui s’est passé, c’est important pour ne pas que cela se reproduise et même si l’histoire ne se répète pas à l’identique, l’idée même du rejet de l’autre, du repli, notamment dans les périodes de crise, de tension, de conflit, cette idée du rejet de l’autre et de l’élimination même de l’autre est une idée qui, malheureusement, est toujours et trop souvent d’actualité.

C’est pourquoi je crois qu’il faut un vote unanime, y compris pour intégrer, à partir du comité historique et scientifique, tous les éléments qui, autour du camp de Rivesaltes, permettront de faire savoir, de porter à la connaissance, ce qui s’est passé.

Concernant la réponse de l’Etat, vous avez parlé de Frédéric MITTERRAND, j’avais eu l’occasion, lorsque vous me l’aviez demandé, de regarder ce projet, comment on pouvait mieux y associer l’Etat et les autres pays, de m’inquiéter auprès des ministères concernés. La réponse était celle de M. PUJOL, que c’était trop cher. Evidemment, nous sommes en période de crise, mais vraiment, je ne veux rien dire de plus que ce qu’a dit le Président BOURQUIN, mais ne nous situons pas sur cette logique. C’est la meilleure façon de ne pas faire. Par contre, par rapport à l’objet, au contenu, et celui qui vous parle est l’auteur d’une loi contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie et qui a été Maire de Drancy, je sais bien que cela ne plaît pas à tout le monde, mais je parle avec mon cœur et mes tripes, je crois vraiment qu’il faudrait un vote unanime, avec cette dimension régionale maintenant. Le Préfet de Région, Claude BALAND, est favorable et a écrit au Président de la République, à tous les Ministres, Affaires Etrangères, Européens, de la Culture. Cette lettre devrait même être communiquée. Nous ne sommes pas dans un débat opposition-majorité, mais dans un devoir de réalisation.

Je n’en dirai pas plus mais je souhaite que le vote soit unanime.

M. le PRESIDENT. – Je mets aux voix ce rapport :

Pour : Groupes Elus Socialistes et Apparentés, Radicaux de Gauche, Communiste-Républicain et Citoyen, Ecologistes et Apparentés, UMP Majorité Présidentielle, Union Centriste, Front National

Adopté à l’Unanimité.

Merci à vous tous.

Jean-Paul BORE
Conseiller Régional
Jean-Claude GAYSSOT
Vice-Président

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1 Commentaire sur "Mémorial de RIVESALTES. Interventions de Jean Paul Boré et de Jean Claude Gayssot"

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Jean-michel Bonningue
Invité

très bien formulé Jean-Paul, je reconnais bien là le sens de tes engagements car comme le dit le camarade Jean-Claude il y a des choses qui prennent au cœur et aux tripes…je vous renouvelle toute mon estime et mon soutien…

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