C’est toute la gauche qui doit travailler ensemble Par Jean-Claude Gayssot, ancien ministre

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Le Monde.fr | 13.09.2012 à 08h48

C’est toute la gauche qui doit travailler ensemble

Par Jean-Claude Gayssot, ancien ministre

Seulement quelques mois se sont écoulés depuis la victoire de François Hollande et déjà la droite et l’extrême gauche, ceux qui jouent l’échec ou ceux qui considèrent qu’il est inéluctable, expriment leurs sentences. Le pouvoir est trop laxiste face à l’attente des classes populaires, disent les uns, les mêmes qui sans vergogne refusent que les très riches payent leur écot au redressement nécessaire de la France. Rien ne change, disent les autres. Jean-Luc Mélenchon forçait même le trait lorsqu’il déclarait dans le JDD, qu’agitation mise à part, Sarkozy-Hollande, c’est du pareil au même !

Le président s’est exprimé dimanche dernier. Il a, à sa manière, fixé le cap et les échéances pour inverser la courbe du chômage, le redressement de la France et le vivre mieux. C’est une bonne chose et c’est en même temps un formidable et audacieux engagement. 2013, 2014, 2016 c’est demain.

Ce n’est pas gagné d’avance tant les contraintes sont fortes mais c’est la meilleure manière de répondre aux attentes et d’obtenir le soutien populaire. Les classes populaires souffrent dans une Europe en crise et dans un monde où les marchés continuent d’imposer leur loi. On ne mettra jamais assez en évidence la situation que la gauche doit affronter résulte de l’héritage du sarkozisme conjugué aux choix ultra-libéraux européens.

Mais parler de cet héritage pour montrer l’ampleur de la tâche ne pouvait justifier l’attentisme où je ne sais quels renoncements. Changer la donne, réorienter la construction européenne, et tout faire pour que prévalent enfin l’humain et l’intérêt général c’est cela réussir le changement. Cela passe par une mobilisation de toutes les énergies et par des choix durables en faveur du travail, du pouvoir d’achat, de la justice, de la citoyenneté.

Les premières mesures prises par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, vont dans le bon sens. Prime de rentrée scolaire, 150 000 logements sociaux, renforcement de la loi SRU, emplois d’avenir, suppression de la TVA sociale, prix de l’essence, lutte contre le banditisme et les trafics… Mais ne nous y trompons pas, l’ampleur du chômage, de la pauvreté, les difficultés pour trouver du travail, un logement, pour étudier, pour boucler les fins de mois… sont telles que le fossé apparaît pour beaucoup impossible à combler.

La droite en mal de succession en profite pour dénigrer et mettre le plus de bâtons possibles dans les roues du gouvernement, y compris en condamnant les mesures en faveur de l’emploi, sans crainte de diviser son propre camp. Car s’il est un domaine où la gauche sera jugée rapidement, c’est bien celui-là : celui du droit au travail, stable et bien rémunéré.

Des négociations sont engagées avec les partenaires sociaux. Nous devons tout faire dans chaque branche avec les organisations professionnelles et les organisations syndicales, les régions, les ministères concernés, pour favoriser l’embauche et la formation. Tout faire contre les plans sociaux que la droite nous a légués et pour inscrire cette détermination immédiate dans les propositions de François Hollande, concernant le travail, les jeunes, les seniors, les PME auxquelles il faut vite donner des outils bancaires et des crédits au plan régional. Je considère que dans ce domaine crucial, l’étape nouvelle et qualitative de la décentralisation peut constituer un outil majeur pour réussir et rendre plus efficace l’intervention publique.

L’alternative aux politiques antérieures est à bâtir. En fait, construire un avenir plus humain, plus solidaire, plus citoyen, cela commence maintenant et doit s’inscrire dans la durée. C’est de sens, de cap, comme a dit François Hollande, dont nous avons besoin.

Sur quoi fonder ce sens ? La réponse me paraît évidente : sur ce qu’ont voulu les électeurs. C’est à dire le contenu du discours de François Hollande au Bourget et sur ses propositions durant la campagne électorale. C’est cela qui devrait être l’axe central et prioritaire de tous les progressistes pour les semaines, les mois et les cinq années à venir. Tout le « Bourget », toutes les 60 propositions, rien de moins.

On me dit : « mais le Parti socialiste a tous les pouvoirs. Donc : Y’a qu’a ! ». C’est vrai que le Parti socialiste dirige l’essentiel des institutions, comme l’a fait la droite en son temps. Mais aujourd’hui, face à la primauté de l’intérêt général, il faut s’opposer à ceux qui rêvent de reprendre les rênes en 2014, mais aussi à cet adversaire dont parlait François Hollande qui ne se présente pas aux élections, et qui est plus redoutable encore : « le règne de la finance et de l’argent roi ».

Contre cet adversaire également, on peut sans attendre agir, y compris au niveau européen. Ce qui s’est fait par rapport au traité Merkel-Sarkozy ne doit être considéré que comme un début. Il convient de travailler tous ensemble aux futures ruptures nécessaires. Et sans attendre se mobiliser en faveur d’un budget européen de croissance, d’une politique différente de la BCE, d’une place nouvelle des régions, de la taxation des transactions financières… Les chantiers sont immenses, ouvrons-les maintenant !

Dans cette situation, la gauche toute entière, avec les écologistes et avec tous les progressistes, ont une lourde responsabilité. Le Parti socialiste en particulier pour travailler avec les autres pour écouter et entendre les propositions de ceux dont le seul but est la réussite du changement.

Jean-Claude GAYSSOT
Vice-Président

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